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Adjectif (nom masc.)

adjectif qualificatif

L’adjectif qualificatif correspond à une catégorie grammaticale étroitement associée à celle du nom. Il traduit en effet une qualité, un aspect, un signe distinctif de l’être ou de la chose désignés par le nom.

Exemple
Au premier coup d’œil, les joueurs lurent sur le visage du novice quelque horrible mystère ; ses jeunes traits étaient empreints d’une grâce nébuleuse, son regard attestait des efforts trahis, mille espérances trompées ! La norme impassibilité du suicide donnait à ce front une pâleur mate et maladive, un sourire amer dessinait de légers plis dans les coins de la bouche, et la physionomie exprimait une résignation qui faisait mal à voir. (Honoré de Balzac, la “Peau de chagrin“.)

Commentaire
L’adjectif a une valeur décorative : il orne le nom de ses qualités intrinsèques ou potentielles. Dans un emploi métaphorique (ex. : nébuleuse), il confère à la phrase une facture poétique, tandis qu’au sens propre il concrétise et authentifie le nom dont il déploie et enrichit le sens.

♦ place de l’adjectif

La place de l’adjectif n’est pas, en français, strictement réglementée. C’est l’usage qui fait la règle. D’une manière générale, l’adjectif qualificatif exprimant une appréciation esthétique ou un jugement de valeur se place devant le nom (ex. 1). Dans ce cas, l’adjectif et le nom, étroitement associés, produisent un sens global.
En revanche, on trouvera souvent après le nom un adjectif exprimant une caractérisation singulière (ex. 2). Les écrivains jouent fréquemment sur l’inversion de l’ordre mis en place par l’usage, pour produire des effets particuliers (ex. 3).

Exemples
1. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d’entrée et qui, évidemment, n’osait pas lever la main jusqu’à la sonnette. (Stendhal, “Le Rouge et le Noir“.)
2. Un rictus hideux tordit sa bouche. (Herman Melville, “Moby Dick“.)
3. Elle songe, et sa tête petite s’incline.
(Paul Valéry, Poésies, «la Pileuse».)

Commentaire
Le jeu sur la place de l’adjectif produit une impression de raffinement et traduit généralement une vision unique, une pensée inhabituelle qui exige, pour s’exprimer, un réaménagement de l’ordre traditionnel des mots dans la phrase.

♦ adjectif employé comme adverbe
L’adjectif peut, dans certains cas, changer de catégorie. Ainsi joue-t-il parfois, dans la phrase ou le vers, le rôle d’un adverbe.
Exemples
1. Il souriait large. (Hervé Bazin, l’Huile sur le feu.)
2. On les confond facile avec les concierges. (Alphonse Boudard, les Combattants du petit bonheur.)
Commentaire
L’adjectif employé comme adverbe crée un effet de discordance qui peut provisoirement déconcerter le lecteur. Par sa fonction inhabituelle, il monopolise le sens général de la phrase.
♦ adjectif employé comme nom
Solidaire et dépendant du nom, l’adjectif qualificatif glisse fréquemment dans la catégorie du nom jusqu’à perdre son identité d’origine. Il existe ainsi en français toute une série de noms qui sont d’anciens adjectifs et qui occupent désormais un double emploi dans la langue (ex. 1).
Mais, la plupart du temps, l’adjectif employé comme nom vise à des effets particuliers (ex. 2).
Exemples
1. Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin; et il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau. (Voltaire, Dictionnaire philosophique, article «Beau, beauté».)
2. Il gênait les flâneurs, il excitait les paresseux, il ranimait les fatigués, il impatientait les pensifs, mettait les uns en gaîté, les autres en haleine, les autres en colère, tous en mouvement. (Victor Hugo, les Misérables.)
Commentaire
L’adjectif employé comme nom garde de son origine un fort pouvoir de caractérisation. En changeant de catégorie, il devient concret et prend une connotation réaliste. Le nom ainsi créé étonne et séduit par son originalité.

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